Feuille, de Niggle

Publié le 20 septembre 2017 dans Les articles du bulletin

J.R.R. Tolkien, l’auteur du célèbre saga Le Seigneur des Anneaux, a publié une petite histoire intitulée Feuille, de Niggle qui peut nous aider à saisir la vision chrétienne du travail, malgré un monde déchu et un contexte professionnel parfois décourageant et fatigant.

Niggle est un peintre qui doit prochainement partir sur un long voyage. Il redoute ce voyage, il ne veut pas partir, car il est plutôt obsédé par un tableau qu’il a entrepris de peindre et qu’il aimerait terminer avant de partir. Son projet, c’est de peindre un arbre sur une toile si grand qu’il lui faut une échelle pour y travailler. Mais il n’avance pas beaucoup sur son tableau. Il est souvent frustré par les interruptions de la vie ; en plus, « il était de ces peintres qui peignent mieux une feuille que les arbres. Il consacrait longtemps à une seule feuille. » Alors qu’il travaille désespérément à son tableau toujours inachevé, le moment du départ pour le voyage (une image de la mort) lui est imposé. Lorsqu’il se rend compte qu’il doit partir, il se met à sangloter : « Ah, mon Dieu ! et le tableau n’est même pas fini ». Après sa mort, un villageois trouve dans un champ un coin arraché de la toile. Tout ce qui reste est une « merveilleuse feuille » qu’il fait encadrer pour le Musée Municipale avec cette inscription « Feuille, de Niggle ».

Mais l’histoire de ne s’arrête pas là. Lorsque Niggle arrive dans la contrée céleste, quelque chose attire son regard. « Devant lui se dressait l’Arbre, son Arbre, achevé. Si l’on pouvait dire cela d’un Arbre vivant dont les feuilles s’ouvraient et dont les branches se courbaient dans le vent que Niggle avait si souvent senti ou deviné et qu’il avait si souvent échoué à rendre vivant. Contemplant l’Arbre, il leva les bras et les ouvrit tout grand. ‘C’est un don !’ dit-il. »

Tolkien a écrit cette petite histoire pour illustrer sa propre vie et vocation d’écrivain. Il était frustré par les obstacles et les aléas de la vie professionnelle, par son perfectionnisme, par ses doutes quant à la possibilité de terminer son ouvrage avant sa mort et par la crainte que tout soit oublié par la suite.

Mais à vrai dire, tout le monde ressemble à Niggle. Tout le monde s’imagine accomplir des choses, mais pour se découvrir généralement incapable de les réaliser. Tout le monde veut réussir plutôt que d’être oublié et tout le monde veut avoir un impact dans le monde. Mais cela ne dépend pas de notre volonté. Si cette vie est tout ce qui existe, alors tout finira par se consumer sous le soleil et il ne restera plus personne pour témoigner de ce qui a été. Tout notre travail, tous nos efforts et investissement professionnels, même les meilleurs, auront été en vains.

Sauf si Dieu existe. Si Dieu existe et si la Résurrection est vraie, il y a une Réalité Vraie au-delà de la nôtre, et si cette vie n’est pas la fin de tout, alors tout effort pour le bien, même le plus modeste, accompli en réponse à l’appel et la grâce de Dieu, peut avoir une valeur éternelle. 1 Corinthiens 15:58 Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’oeuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur. Dans ce verset, Paul parle du service chrétien, mais ce qu’il dit est vrai pour tout travail.

Peintre, éducateur spécialisé, professeur, mère au foyer, chef d’entreprise, pasteur, banquier… ici-bas, nous serons souvent déçus des résultats, du peu de progrès, et de la difficulté à réaliser nos aspirations et rêves dans le domaine de notre vocation. Mais quel que soit votre travail, sachez une chose : l’Arbre existe vraiment ! Il y a un Dieu qui établira un monde restauré, monde dont votre travail témoigne (partiellement) auprès des autres. Par votre travail, vous ne réussirez que partiellement – et ce seulement durant vos meilleurs jours – à vous rapprocher de ce monde. « L’arbre parfait » que vous recherchez – la beauté, l’harmonie, la justice, le bien-être, la joie, l’unité – deviendra forcément réalité un jour.

Si vous savez tout cela, vous ne serez pas découragé(e) de ne parvenir à produire « qu’une feuille ou deux » durant cette vie. Vous travaillerez dans le contentement et la joie. Vous ne tomberez pas dans la suffisance en cas de succès et ne serez pas dévasté en cas d’échec.

Extraits de Dieu dans mon travail, de Timothy Keller